Aller au contenu
Business Process Outsourcing
Actualités

Données de recherche Google : les moteurs IA vont-ils rattraper Search ?

Google a publié le 31 août les conditions d'accès à son jeu de données de recherche européen, imposé par le règlement sur les marchés numériques. Requêtes, clics, vues et classements deviennent accessibles à certains concurrents, y compris des chatbots IA. Sous conditions très strictes.

Données de recherche Google : ce que le DMA impose
Par Setraniaina Andrianajason Publié le 1 septembre 2026
9 min de lecture
Partager

Résumer cette actualité avec :

L’assistant s’ouvre dans un nouvel onglet, avec la demande de résumé déjà rédigée.

Sommaire
  1. Données de recherche Google : ce qui doit être ouvert
  2. Des conditions d’accès qui filtrent beaucoup
  3. Ce que les bénéficiaires n’ont pas le droit de faire
  4. Pourquoi le GEO est directement concerné
  5. Google conteste le partage devant le Tribunal de l’UE
  6. Ce qu’il faut surveiller d’ici janvier 2027
  7. Sources et références
  8. FAQ - Questions fréquentes sur les données de recherche Google

Mis à jour le 2 octobre 2026 : Recours de Google devant le Tribunal de l’UE et nouveaux jalons du programme.

Pendant vingt ans, le vrai fossé entre Google et ses concurrents n’a pas été l’algorithme. Il a été le volume de comportements observés : ce que les gens tapent, ce qu’ils cliquent, ce qu’ils ignorent.

La Commission européenne a décidé d’en combler une partie. Sa décision du 16 juillet 2026 impose à Alphabet de partager des données de recherche Google avec les moteurs concurrents éligibles, chatbots IA compris. Le 31 août, Google a mis en ligne les critères d’éligibilité et les modalités de candidature.

Reste la question de fond. Des données suffisent-elles à construire un moteur ?

Données de recherche Google : ce qui doit être ouvert

Le périmètre est fixé par l’article 6(11) du DMA. Il couvre quatre familles de données anonymisées, générées par les utilisateurs sur Google Search dans l’Espace économique européen, pour les résultats gratuits comme payants.

Donnée partagée Contenu Usage visé par la Commission
Requêtes Termes saisis et métadonnées comme la langue ou le type d’appareil Comprendre l’intention
Clics Actions des utilisateurs sur les résultats affichés Entraîner les systèmes de classement
Vues URL effectivement consultées après une recherche Hiérarchiser l’index
Classements Position d’un résultat dans la page Calibrer le ranking

Les bénéficiaires ne sont pas seulement des moteurs classiques. La Commission a explicitement inclus les chatbots dotés de fonctions de recherche, pour éviter que l’avantage de Google Search ne se transmette mécaniquement aux assistants du groupe.

L’objectif assumé tient au déséquilibre de départ. Google Search dépasse 90 % de part de marché en Europe depuis des décennies, ce qui lui donne une masse de données comportementales qu’aucun concurrent ne peut égaler par ses propres moyens.

Des conditions d’accès qui filtrent beaucoup

La première version du dispositif, ouverte en mars 2024, n’a trouvé quasiment personne. La Commission a constaté qu’Alphabet retirait entre 90 et 100 % des requêtes uniques du jeu de données et excluait les chatbots. Résultat : aucune adoption réelle en deux ans.

Les mesures du 16 juillet resserrent les critères. Un candidat doit remplir cinq conditions.

  • Exploiter un moteur de recherche en ligne au sens de l’article 2(6) du DMA, dirigé vers l’EEE.
  • Justifier de deux années d’activité dans l’UE, ou de plus de 50 millions d’euros levés si la société est plus jeune.
  • Compter au moins 50 000 utilisateurs mensuels moyens dans l’UE sur l’année écoulée.
  • Passer un audit indépendant avant l’accès, puis chaque année.
  • Traiter les données dans l’EEE ou garantir une protection substantiellement équivalente en cas de transfert.

Ce dernier point renvoie à une logique déjà connue des donneurs d’ordre, celle des transferts de données hors Union européenne. Sans niveau de protection démontré, la candidature est rejetée.

La page du programme de Google liste deux autres critères. Le candidat ne doit dépendre ni d’un État hors EEE présentant un risque grave de cybersécurité ou de protection des données, ni d’une entité sous sanctions de l’UE. L’audit se joue en deux temps : un rapport d’assurance de niveau 1 conditionne l’accès, un contrôle continu (niveau 2) le maintient.

L’anonymisation, elle, repose sur un seuil de k-anonymat de 1 000 utilisateurs minimum partageant localisation, type d’appareil et langue. La Commission indique que 95 % des utilisateurs se retrouvent dans des groupes d’au moins 29 000.

Ce que les bénéficiaires n’ont pas le droit de faire

Obtenir les données ne donne pas les mains libres. Les mesures interdisent trois usages précis : entraîner des modèles d’IA à usage général, améliorer des services sans lien avec la recherche comme le profilage publicitaire, et répliquer systématiquement les résultats de Google au lieu de développer sa propre technologie.

Deux garde-fous temporels s’ajoutent. La latence minimale est de sept jours : rien n’est transmis avant une semaine. Et l’accès est plafonné à cinq ans par bénéficiaire, à compter du premier accès.

Le message est lisible. Le dispositif finance un rattrapage, pas une dépendance permanente.

Le prix suit la même logique. Il se limite aux coûts marginaux engagés par Alphabet, augmentés d’une rémunération du capital plafonnée à son coût moyen pondéré. Une marge supplémentaire reste possible dans des cas exceptionnels, jamais pour les PME.

Pourquoi le GEO est directement concerné

La qualité d’un moteur génératif ne dépend pas seulement du modèle. Elle dépend du système de récupération qui va chercher les pages, ce que la Commission nomme le grounding.

Or les données partagées servent précisément à cela : comprendre l’intention derrière une requête, améliorer le classement et la récupération, prioriser l’index. Un assistant qui obtient ces signaux devient meilleur pour trouver la bonne source, pas seulement pour rédiger une réponse.

Pour une entreprise, la conséquence probable est une fragmentation de la visibilité. Le rapport IA de la Search Console, l’un des changements confirmés de Google en 2026, ne couvre déjà que les surfaces de Google. Si trois ou quatre moteurs alternatifs gagnent en pertinence, le suivi ne tient plus dans un tableau de positions Google. Cela devient un poste de monitoring à arbitrer entre interne et externalisé, au même titre que le calcul du coût complet d’une prestation.

Prudence toutefois. Acheter des données ne fabrique ni un index, ni une infrastructure de crawl, ni un modèle. Les critères d’évaluation d’un prestataire s’appliquent aussi aux moteurs : ce qui compte reste ce qu’ils livrent, pas ce à quoi ils ont accès.

Google conteste le partage devant le Tribunal de l’UE

Fin septembre, Google a saisi le Tribunal de l’Union européenne, à Luxembourg. Annoncés le 29 septembre, ses deux recours visent les décisions de la Commission du 16 juillet : partage des données de recherche et ouverture d’Android aux assistants IA concurrents.

L’argument de Google, avancé dès le 16 juillet, tient à la vie privée. Oliver Bethell, son directeur senior de la concurrence, dénonce un partage « sans anonymisation suffisante ».

Quelques jours plus tôt, Nick Fox, vice-président senior chargé de la recherche, avait détaillé le raisonnement. Les requêtes portent sur la santé ou les finances, et sortiraient des centres de données du groupe. Les bénéficiaires, ajoutait-il, ne sont « généralement pas des entreprises européennes ».

La page du programme l’écrit noir sur blanc : les données transmises « contiendront toujours des données personnelles », et leur protection repose sur le cloisonnement chez le destinataire.

La Commission répond que l’anonymisation a été conçue avec des experts de la protection des données, et que Google peut écarter un demandeur présentant un risque grave. DuckDuckGo, moteur concurrent, soutient le régulateur : selon lui, la procédure ne fait gagner à Google que du temps.

Reste le point qui compte pour vous. Le recours n’a pas d’effet suspensif : sauf décision contraire du Tribunal, janvier 2027 reste l’échéance.

Le dossier dépasse ces deux décisions. Google conteste plus largement l’application du DMA, en invoquant les fonctionnalités retirées de la recherche européenne et, selon Nick Fox, les protections antispam allégées en Europe.

Ce qu’il faut surveiller d’ici janvier 2027

Le calendrier se lit dans les jalons publiés par Google, en application d’une décision qu’il conteste. Cinq points sont à suivre.

  • Fin août : page d’information et formulaire d’éligibilité en ligne. C’est fait.
  • 17 septembre : contrat de licence remis aux demandeurs depuis cette date.
  • 16 novembre : ouverture des échantillons, dont un seul gratuit (1 000 lignes). Deux autres sont payants : un jeu synthétique jusqu’à 10 millions de requêtes, et 5 % du jeu réel après audit.
  • Janvier 2027 : jeu de données complet et offre tarifaire.
  • Sans date : la suite donnée au recours, car une suspension ordonnée par le Tribunal déplacerait le reste.
Calendrier du partage des données de recherche Google : décisions de la Commission, contrat de licence, recours de Google, échantillons en novembre et jeu complet en janvier 2027

C’est la tarification qui dira si le dispositif fonctionne. Un accès juridiquement ouvert mais économiquement hors de portée produirait le même résultat qu’en 2024. L’indicateur à suivre reste le nombre de bénéficiaires réellement audités dans les six mois suivant l’ouverture.

Sources et références

Cet article s’appuie notamment sur la foire aux questions de la Commission européenne détaillant les mesures imposées à Alphabet pour le partage des données de Google Search, sur la décision de spécification du 16 juillet 2026 publiée par la direction générale de la concurrence et sur la page officielle du programme de licence des données de recherche européennes de Google, dans sa version du 4 septembre 2026. La mise à jour du 31 août et ses conditions d’éligibilité sont détaillées par Search Engine Roundtable, qui a relevé la refonte de la page programme. Le recours et les réactions qu’il a suscitées sont rapportés par Search Engine Land dans son article du 29 septembre 2026 et par The Next Web, d’après une dépêche de Reuters. La position de Google est reprise de son billet du 16 juillet 2026 sur le DMA, la sécurité et la vie privée et de la transcription intégrale de l’entretien de Nick Fox avec Pietro Valetto, publiée par Popular Economics. Le contexte antérieur au dispositif provient d’une analyse juridique du programme initial et de sa tarification ainsi que d’un décryptage universitaire de l’approche européenne du partage de données de recherche. Les étapes préparatoires de la procédure sont documentées par une couverture spécialisée des mesures préliminaires.

FAQ - Questions fréquentes sur les données de recherche Google

Quelles données Google doit-il exactement partager ?

Des données anonymisées de requêtes, de clics, de vues et de classements générées sur Google Search dans l’Espace économique européen. Le périmètre couvre les résultats gratuits et payants, mais exclut les URL des annonces.

Les chatbots IA peuvent-ils y accéder ?

Oui, à condition de proposer une fonction de moteur de recherche et de remplir les critères d’éligibilité. La Commission a explicitement inclus ces acteurs après avoir constaté qu’Alphabet les excluait de sa première version.

Google partage-t-il son algorithme ?

Non. Les mesures portent sur des données de comportement et de classement, pas sur la technologie. Un bénéficiaire doit toujours construire son propre moteur à partir de ces signaux.

Le dispositif est-il gratuit ?

Non. Le tarif suit des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires (FRAND), limitées aux coûts marginaux et à une rémunération du capital. Seul un échantillon de 1 000 lignes sera gratuit, à partir du 16 novembre.

Une entreprise doit-elle agir dès maintenant ?

Rien ne l’impose. Le dispositif concerne les moteurs, pas les annonceurs. Son effet se mesurera dans un ou deux ans, sur la répartition du trafic de découverte entre plateformes.

La lettre ExternFlow

Chaque semaine, une sélection d’analyses sur le BPO, l’externalisation et le SEO, pensée pour les décideurs. Pas de publicité, pas de revente d’adresse.

Par Setraniaina Andrianajason

Je suis Setraniaina, fondateur de LAPLUME.MG et consultant SEO/GEO indépendant via Red Island SEO, depuis Madagascar. Passionné de nouvelles technologies, d'IA et de marketing digital, je partage sur ExternFlow mes analyses sur l'externalisation, le BPO et le référencement.

Dernières actualités

Restez connectés avec ExternFlow